Exodus Manhattan – Tome 1 – BD

Exodus ManhattanTitre : Exodus Manhattan
Numéro : Tome 1
Genre : BD Thriller – Policier
Illustrateur/Dessinateur : Bannister
Scénario : Nykko
Edition : Glénat
Collection : Grafica
Nombre de pages : 64
Date de parution : 2 mai 2018
  Dispo chez Glénat

Salut à toutes et tous !

Aujourd’hui, sans plus attendre, on se lance dans un nouveau média qui me tient à cœur j’ai nommé La Bande dessinée ! (Roulement de tambours !)

Possédant enfin le titre de noblesse de 9ème art, la bande dessinée rencontre néanmoins de nouvelles difficultés, le nombre d’auteurs et d’albums se multiplie à grande vitesse ! Ce qui est fabuleux dans un sens c’est que chaque lecteur peut y trouver son compte mais, le double bémol, c’est qu’il est de plus en plus difficile, pour les auteurs professionnels, de vivre de ce métier… et, au milieu de cette production surabondante d’ouvrages la perle rare peut parfois être bien cachée !

Heureusement (ou pas uh uh uh) ! J’ai dégoté pour vous un album tout à fait singulier que je veux vous partager ici en espérant susciter votre engouement afin que vous ayez envie de vous faire votre propre avis !

Diantre ce que cette introduction est longue !

Sans plus attendre parlons d’Exodus Manhattan! (sans spoilers, je tiens à le préciser)

Exodus Manhattan

La couverture qui, il faut le dire, envoie du pâté ! (Ou du chou si vous êtes vegan.)

Exodus Manhattan est le titre d’un diptyque (série en deux tomes, je dis ça pour toi au fond, qui ne suis pas !) narrant l’histoire de deux flics de la criminelle : Leto Wolf le malabar aux gros bras  au passé obscur, et Hana Yamashirogumi sa binôme plus fine et tempérée. Le premier tome (paru le 2 mai dernier) nous conte l’enquête du tandem à la recherche d’une jeune femme non immatriculée, témoin d’un meurtre.

Si, de prime abord, l’enquête et le déroulement de l’intrigue sont assez convenus, c’est surtout pour mettre en place l’ambiance et l’univers d’Exodus avant de frapper plus fort. En effet, toute la quintessence de cette aventure repose sur son contexte.

L’histoire se passe dans notre monde, ou plutôt dans un futur potentiel de notre monde. Nous sommes rendus en 2201 dans la ville de Manhattan (d’où le titre, t’as vu ?). Ici la ville est envahie par les eaux, des pluies diluviennes se déversent en permanence, les nuages masquent le soleil, la surpopulation entraîne une panne d’un grand nombre de systèmes de la cité, Manhattan est à l’agonie, dévastée par des désastres climatiques, des inégalités sociales et la montée d’extrêmes.

Les inspirations auxquelles j’ai pensé en lisant le tome 1 sont :  « Blade runner » pour l’ambiance générale,  peut-être  aussi « le cinquième élément » (mais en beaucoup plus sombre)  le tout saupoudré d’un brin d’Altered Carbon et Gunnm. Le dessin, lui, me rappelle la patte de Jamie Hewlett (Gorillaz). Un travail tout particulier a été apporté sur le traitement de la ville, c’est simple, elle est un personnage à part entière si ce n’est LE personnage majeur du volume. Nykko (le scénariste, rappelez-vous) et Bannister nous indiquent, à la fin du tome 1 (dans un bonus de 8 pages) leur visite de New York, leurs démarches pour s’imprégner de l’ambiance de la ville que ce soit en la parcourant ou en en dressant un portrait photographique. Je vous invite à consulter ces pages et à observer l’atmosphère qui se dégage de l’album pour vraiment comprendre cette implication des deux artistes (oui, j’ose le mot : artiste).

Exodus Manhattan – Le visuel – Décors

Le traitement des décors est réalisé en peinture numérique d’après (pour certaines cases) modèles photographiques et l’on peut dire que le résultat est bluffant !  Je crois que ce qui est le plus impressionnant c’est d’avoir une sensation d’oppression permanente avec un traitement chromique de couleurs chaudes. On pourrait s’attendre à l’exact opposé avec le choix d’une cité morne, grise, recouverte par une pluie sale, des ambiances bleues, marrons et vertes. Mais finalement on ressent une chaleur étouffante : imaginez vous enfermé dans une mine, exposé à du magma  en fusion ou des fours, de la vapeur en plein visage, un ensemble à la fois obscur et étouffant, teinté de chaleur, une ambiance en somme : infernale ! Le tout traité de façon intelligente avec des lumières artificielles rappelant un glorieux passé de la cité qu’on peut aisément s’imaginer lorsque les structures de la ville fonctionnaient encore…

Ce qui convainc vraiment c’est qu’on n’a pas l’impression de se voir servir une coquille vide créée pour raconter une histoire. Non, on a vraiment la sensation qu’il s’agit d’un épisode qui nous est montré, prélevé dans sa propre temporalité, de son propre espace, un fragment d’un monde qui vit, où l’on aurait choisi de nous en révéler un instant, avec ses personnages, ses cultures, ses divergences politiques, ses problèmes.

Exodus Manhattan

Franchement, les ambiances sont pas superbes ?!

Parlons maintenant des personnages !

 

Exodus Manhattan – Le visuel – Les personnages

Au niveau du dessin des personnages on retrouve un chouette style plutôt franco-belge (ligne claire, aplats de couleurs) dont je ne suis pas fan (du style hein ! Pas du dessin), mais ça, ça relève de mes goûts personnels (tout comme le fait que je sois subjugué par les décors, en fait…). Le dessin est donc simple et efficace avec des personnages très marqués visuellement et reconnaissables au premier coup d’œil. Ce qui me dérange néanmoins, mais je dois bien reconnaître l’audace d’un parti pris graphique, c’est le traitement aussi différent entre les décors (plutôt peinture donc) et les personnages (plutôt dessin avec des aplats de couleurs). Je trouve que, oui, les personnages se détachent facilement des décors pour une meilleur lisibilité de l’histoire, mais que du coup, ils semblent ne pas évoluer sur le même plan que les décors tellement les deux styles sont opposés. Les scènes de combats parfaitement chorégraphiées souffrent peut-être aussi d’un côté un peu brouillon dans le dessin, même si, au demeurant, l’objectif est de donner de la vitesse, de la confusion et du cinétisme à l’ensemble. De prime abord, je ne suis pas convaincu, mais passé les premières pages, on prend le pli et ça n’est plus un problème (si tant est que ça en est un pour vous). De plus le traitement des ambiances colorées parvient à lier les personnages avec l’environnement par une réconciliation heureuse qui sert une unité générale. Enfin j’insiste une fois de plus sur un point, le dessin est bon, les peintures excellentes, ne me faite pas dire ce que je n’ai pas dit. C’est l’association des deux traitements qui me dérange, rien d’autre.

Exodus Manhattan

Leto Wolf et Hana Yamashirogumi nos deux personnages principaux.

Exodus Manhattan – Le visuel – Composition des planches

En Bande dessinée on parle de planches pour les  pages originales, n’ayant pas eu les planches en main mais bien les pages, je parlerais donc de page (C’était le moment Jean-Christophe* sait des trucs). Ici, la composition des pages fonctionne parfaitement, l’œil est porté par la disposition des cases et circule avec aisance, les bulles, disposées de façon logique, ne perturbent jamais le sens de lecture. Une interrogation demeure cependant : il y a un comptage de page erronée et une bulle tronquée à la page 37 on lit un « se-toi !! » au lieu d’un élégant « casse-toi !! » mais ça reste anecdotique et je doute que la plupart d’entre nous s’en soit rendu compte à la première lecture (sans compter que c’est peut être une erreur de mon album et si c’est le cas j’ai une pépite d’or entre les mains !!!). La composition des planches permet aussi de nous donner le temps de respirer, de contempler ou au contraire d’être happé par l’histoire, en bref, le rythme est maîtrisé. J’ai lu à travers d’autres critiques que les bulles étaient trop petites et empêchaient une bonne lecture. Ma foi, je ne suis pas de cet avis mais c’est sans doute parce que je possède le légendaire œil de taupe (dixit Perceval) ! Je suis curieux d’avoir votre ressenti sur la question.

Exodus Manhattan

De la belle ambiance ! La scène du bar est superbe aussi, Mais je ne vous la montre pas 🙂

Exodus Manhattan – L’Histoire – Sans Spoiler

L’histoire du tome 1 débute sur une intrigue policière d’apparence classique dans un premier temps. La mise en place des personnages et du décor est davantage mise en avant et l’ambiance prime sans doute sur la profondeur du récit permettant de comprendre le fonctionnement de ce monde et son niveau technologique. Si le scénario est convenu celui-ci n’est pas pour autant inintéressant, il relève d’une pensée archétypale qui peut rappeler au plus connaisseurs d’entre vous la structure des scénarios abordés par Christopher Vogler dans son ouvrage le guide du scénariste. Ce qui est pertinent c’est plus la mise en place de micro détails qui vont donner corps à l’ensemble, après tout, nos deux personnages principaux sont enfermés dans la routine de leur boulot, donc  il est normal d’avoir un effet de déjà-vu dans les premières pages de l’intrigue d’autant qu’il leur faut des scènes d’exposition pour qu’on puisse cerner leurs psychologies. Le scénario va ensuite basculer pour prendre de l’envergure et la fin du tome 1 laisse présager du très bon pour la suite !

 J’ai hâte de pouvoir lire l’œuvre dans son intégralité (les deux tomes donc) pour pouvoir me faire un avis plus précis sur l’histoire, mais ce qui est certain c’est que tous les ingrédients sont réunis pour proposer un univers original. Je regrette néanmoins la relation entre les deux protagonistes de l’histoire, je la trouve trop convenue, trop figée, trop stéréotypée. C’est sans doute mon côté puritain mais le truc de la tension sexuelle entre les deux « héros » et tous les autres personnages autour, qui insistent comme des lourdingues, est, certes plausible, mais ne m’accroche pas, cela met  l’un des deux personnages uniquement au rang de faire valoir  de l’autre, à mon sens.

Exodus Manhattan

Hana et Leto en pleine enquête.

Exodus Manhattan – Conclusion

Si vous voulez suivre une enquête policière aboutissant sur une affaire de plus grande envergure le tout dans un univers magnifiquement rendu et accompagné d’une ambiance pesante, des détails visuels et scénariste léchés, l’ouvrage est fait pour vous !!

J’ai pris un plaisir à lire cet album, en dévorant ses pages les unes après les autres et en admirant la technique sans me rendre compte du temps qui passe. Il est à la fois objet d’art et récit contemporain. On regrettera peut-être l’impression de déjà-vu  du début de l’histoire mais on ne pourra pas rester indifférent. Qui plus est, il est difficile de se prononcer sur le fond de l’œuvre tant que l’histoire n’est pas conclue. Et puis les auteurs ont laissé suffisamment de zones d’ombres, promesses d’une histoire riche en rebondissements alors on ne peut espérer que le meilleur.

Je vous recommande fortement de vous  procurer cet ouvrage, Exodus Manhattan, et je reste curieux d’avoir vos avis, voire de débattre sur ce que j’ai dit plus haut.

Merci Nykko et Bannister pour cette série !

Et pour les plus curieux je vous laisse ici découvrir le boulot de Bannister en vous recommandant sa série, les Bancars (série d’illustrations reprenant tout un tas de véhicules de la pop culture avec une composition dont lui seul à le secret) : https://www.instagram.com/nicolas_bannister/

A une prochaine !

Yue

Désolé pour tous les Jean-Christophe*

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