Quadropolis, un jeu carrément bien.

Quadropolis, un jeu carrément bien.

Days of wonder  est un éditeur de jeu qui nous a longtemps habitués à sortir des productions de qualité (Smallworld, Les aventuriers du rail),  avec un cahier des charges identifiable : Des règles simples mais pas simplistes, présentées dans des livrets très clairs, une durée d’1 heure environ, des jeux qui peuvent se jouer avec le même plaisir que l’on soit 2 ou 4 et qui réussissent le tour de force de pouvoir intéresser à la fois un public familial ou plus expert.


Quadropolis

nombre de joueurs: 2 à 4

Age minimum conseillé: 8 ans

Auteur: François Gandon / Illustrations: Sabrina Miramon

Editeur: Days of Wonder

Distributeur: Asmodee


Et ce Quadropolis n’échappe pas à la règle ! Bien que dans un premier temps, il faut avouer qu’entre ce jeu et moi, ça commençait plutôt mal :

– Le thème ne m’inspirait pas vraiment : Bâtir des buildings et des parcs dans une ville, bon, là, comme ça, ça me faisais pas trop rêver. Autant je peux apprécier Sim City en jeu vidéo, autant je me demandais comment avec des règles d’un jeu de plateau (forcément plus simples), cela allait pouvoir rendre le même résultat.

– La mise en forme du jeu : Quand on m’a parlé de Quadropolis, j’étais tout excité à l’idée d’écouter du bon rock en mangeant des cochonneries bien sucrées. Oui oui, tout à fait, la preuve :

Non, stop, l'humour ne peut pas tout excuser. Je m'auto-licencie sur le champ,

Non, stop, l’humour ne peut pas tout excuser. Je m’auto-licencie sur le champ,

Mais en fait, pas vraiment : Niveau mise en forme, pour les puristes qui voudraient s’en tenir à une orthographe plus académique, il va falloir assumer : Dans QUADROpolis, tout est carré : le chantier est carré, les bâtiments sont carrés, la ville est carrée, les quartiers sont carrés, les emplacements sont carrés et même John le Carré. Le tout sur des supports cartonnés un poil légers et vides. Bref, je trouvais l’ensemble un peu froid, à vrai dire…

Le chantier et 2 villes encore vierges. Un peu tristoune pour un départ, mais ne vous arrêtez pas à ça, le jeu vaut bien plus que sa présentation.

Le chantier et 2 villes encore vierges. Un peu tristoune pour un départ, mais ne vous arrêtez pas à ça, le jeu vaut bien plus que sa présentation.

Bon, le premier ludique-faux-pas, pensais-je, et nous nous sommes lancés malgré tout. Et je me suis bien fait prendre, car ce jeu est une réussite, une vraie. Naïf que j’étais, la forme m’a rebuté, mais le fond m’a séduit.

Le paragraphe à lire pour comprendre l’essentiel du jeu, avec un titre presque aussi long que le paragraphe lui-même.

Donc, dans Quadropolis, chaque joueur incarne le maire d’une ville et va devoir récupérer des bâtiments sur un chantier commun afin de les disposer dans sa ville. Selon la disposition de ces bâtiments les uns par rapport aux autres, ils rapporteront des points et, en fin de partie, le joueur ayant le plus de points de victoire gagne.

On déblaie le chantier

Pour ce faire, chaque maire dispose de 4 architectes numérotés de 1 à 4.

Une équipe de winners.

Une équipe de winners.

Sur un chantier central sont disposés les 6 types de bâtiments possibles : des immeubles, des parcs, des commerces, des usines, des ports et des administrations. A son tour, chaque joueur pose un de ses architectes sur un des 4 côtés du chantier (carré, donc) afin qu’il pointe une ligne ou une colonne et récupère le bâtiment (carré, lui aussi) sur la ligne située en face, en comptant le nombre de bâtiment qui correspond au chiffre de l’architecte (si je joue l’architecte 3, je prendrais le 3ème bâtiment de la rangée). Puis il place ce bâtiment dans sa ville (carrée, là encore), dans la ligne ou la colonne correspondant à nouveau au numéro de l’architecte. Et enfin, vous pouvez faire la tête (au carré) à votre voisin. (règle optionnelle)

En posant mon architecte n°2 sur ce côté du chantier je prendrai le 2ème bâtiment de la colonne. Simple comme.... heu, comme un truc simple, quoi.

En posant mon architecte n°2 sur ce côté du chantier je prendrai le 2ème bâtiment de la colonne. Simple comme…. heu, comme un truc simple, quoi.

La plupart des bâtiments dans Quadropolis, produisent soit des habitants soit de l’énergie. Mais ce n’est pas tout, car la plupart des bâtiments nécessitent également soit des habitants soit de l’énergie pour fonctionner. Par exemple, un immeuble produit des habitants (entre 1 et 3), mais nécessite 1 énergie pour fonctionner, alors que pour l’usine, c’est l’inverse : elle produit de l’énergie, mais nécessite des habitants pour fonctionner. Logique, simple, mais terriblement efficace pour nous obliger à optimiser le développement.

Quand les 4 architectes sont posés, on vide le chantier et on le remplit à nouveau avec les tuiles de la seconde manche et on recommence. Et ainsi de suite sur 4 manches. On aura donc ainsi récupéré 16 bâtiments qui rempliront la ville.

A la fin du jeu, on vérifie si on peut bien activer tous les bâtiments installés avec les habitants et/ou les énergies nécessaires. Et si, par malheur, certains ne peuvent pas l’être (parce que l’on manque d’une des deux ressources), ils disparaissent.

Les pions, indispensables pour faire un bon score. Des scores-pions, en quelque sorte (I'm still loving youuuuuuu)

Les pions, indispensables pour faire un bon score. Des scores-pions, en quelque sorte (I’m still loving youuuuuuu)

Et puis vient le comptage des points, et c’est là que l’on verra si vous avez été un maire prévoyant, un mec bien carré dans sa vie ou non. Car en effet, chacun des 6 bâtiments produit des points d’une façon spécifique. Grosso modo, cela dépend de leur disposition les uns par rapport aux autres.

Ainsi, un parc vous rapporte des points en fonction du nombre d’immeubles qui l’entourent, un port rapporte des points en fonction de sa longueur, les administrations rapportent des points si elles sont bien réparties dans les différents coins de la ville etc etc… Et il aura aussi fallu veiller à ne pas se retrouver avec trop de ressources car chacune d’entre elle non utilisée fait perdre des points. Logique, car trop d’habitants entraîne une sur-population et trop d’énergie entraîne de la pollution.

BTP : Born To Plaire

Ce qui implique que, dès le départ, il aura fallu penser à gérer tous ces paramètres en choisissant et en posant ses bâtiments : Ai-je assez de ressources (habitants ou énergie) pour faire fonctionner tous mes bâtiments ? Mais n’en n’ai-je pas trop non plus (risque de surpopulation ou de pollution) ? Ai-je disposé mes bâtiments de façon efficace pour optimiser les points ? Vais-je me spécialiser dans 2-3 bâtiments (ce qui optimise les points mais ouvre le risque que, dans un chantier, ceux-ci viennent à manquer) ou prendre un peu tout ce que je trouve ? Est-ce que j’ai sous la main les architectes qu’il me faut pour récupérer le bâtiment qui m’intéresse ? Etc etc…

Et c’est là LE point fort de Quadropolis : Il faut savoir gérer tous ces paramètres, mais l’ensemble n’est pourtant pas complexe car ceux-ci sont en nombre juste suffisant pour garder l’intérêt mais sans noyer le joueur. Un équilibre bien calculé, donc, intéressant et simple à comprendre. Quadropolis s’avère donc très accessible, particulièrement pour jouer en famille ou avec des copains jouant peu souvent. On réfléchit juste ce qu’il faut, sans se perdre dans des méandres de points de règles.

Une ville en fin de jeu. Quand je vous disais que c'était carré de chez carré...

Une ville en fin de jeu. Quand je vous disais que c’était carré de chez carré…

Là ou le bât blesse peut-être un peu, justement, c’est qu’à trop vouloir maximiser ses villes, on risque de toujours vouloir faire un peu la même chose de parties en parties. L’optimisation s’apprend après 2-3 parties, et on va vite prendre des réflexes que l’on va répéter à chaque fois.

De plus, même si cette idée de production et de consommation de pions d’énergie et de population apporte un vrai plus dans la gestion dans le jeu, elle limite, en contre-partie, les expériences farfelues. La plupart des bâtiments ont besoin des autres bâtiments pour fonctionner et/ou pour scorer, et on ne voit pas trop comment partir à l’aventure avec des stratégies loufoques ou innovantes. En gros, on part soit sur un axe immeuble/commerce/parc, soit sur un autre plutôt orienté port/usine. Évidemment, je caricature un peu, les variantes à l’intérieur sont multiples, et les placements seront décisifs pour faire la différence, mais cela semble compliqué de sortir d’un de ces grands schémas de développement.

Même la boîte est carrée, c'est dire.

Même la boîte est carrée, c’est dire.

La variable qui peut changer la donne, c’est ce que les autres joueurs vont vouloir faire avec un risque de concurrence sur les bâtiments similaires. Mais au final, étant donné que le chantier va se remplir 4 fois, on pourra presque toujours se procurer la tuile qu’on cherche à la place qu’on cherche. En cela, les stratégies de blocage sont peu efficaces et il s’avère assez compliqué (et souvent improductif) de contrer un adversaire qui ne cherche pas les mêmes bâtiments que vous.

Néanmoins, la rejouabilité pourra être assurée par la présence d’une version « experte », qui s’avère être une vraie variante, avec des règles assez différentes (architectes mis en commun), des parties plus longues (5 tours), 2 bâtiments de plus et une ville…. RECTANGULAIRE ! Oui, oui, je sais, c’est un truc de fou.

Bref, au final, une franche réussite. Quadropolis est un jeu plaisant, rapide et agréable, penchant plutôt du côté jeu-pour-les-familles-qui-aiment-jouer que vers la grande stratégie.

Les + Les –
Un jeu simple à prendre à main. Des graphismes un peu froids.
Un nombre de paramètres réglé pile poil. Risque de répétitivité sur le long terme.
Présence d’une vraie variante. Difficile de contrer un adversaire.
Un jeu plaisant et très agréable. Mais bon sang, il est où, Sting ?

Trollinet

Rédacteur chez Gameovert.net

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