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Un moment avec : Nathalie Zakarian partie 2

par Dupond

Bonjour et bonsoir à toutes et tous, 

Après la première partie de notre entretien avec Nathalie Zakarian où nous évoquions avec elle son parcours et son rôle au sein du Réseau des Cafés Ludiques et de “Moi je m’en fous je triche“, disponible ICI ; nous vous proposons ce soir une immersion dans les coulisses du prix les plus convoités du monde ludique à savoir l’As d’Or. Quel est le rôle d’un jury ? Comment le devient-on ? Comment sont décernés les prix du label As d’Or jeu de l’année ? Nous allons tenté d’y répondre avec Mme Nathalie Zakarian, sur ce, profitez bien !

Gameovert.net (GO): Est-ce que du coup, tu peux nous décrire un peu les grandes étapes du travail du jury. Déjà, comment tu es arrivé dans le jury de l’AS d’Or, comment on t’a contacté, qui t’a contacté ?

Nathalie Zakarian (NZ): A l’époque c’était Nadine Seul (qui depuis a été remplacée par Cynthia Rébérac depuis février 2019). Donc c’est elle qui m’appelle un jour en me proposant de venir, mais jamais je n’aurais penser devenir membre du jury. A la base c’était pour élargir les métiers qui rentraient dans les membres du jury. Et du coup, elle venait de proposer au réseau des café ludique de tenir la buvette du Off, de devenir partenaire du FIJ et du coup de proposer aussi quelqu’un du RCL pour devenir membre du jury du festival. Nadine Seul est arrivée la deuxième année après la création du festival. Et si le festival est ce qu’il est maintenant, c’est parce que c’est elle qui l’a amené à ce niveau là en fait. C’était quelqu’un d’incroyable, hyper pro, vraiment. Elle connaissait absolument tout le monde. C’était une diplomate, et tu le ressens dans sa façon d’être en contact avec les gens tout le temps.

GO: Et toi tu connaissais comment l’AS d’Or (le prix, le festival…)?

NZ: Alors avant d’être membre du jury, je faisais déjà des mises en avant des As d’Or, des nommés puis des As d’Or au sein de l’association. Je fais encore des affiches que j’avais préparé et puis des petits mots pour les gens. Donc ouais, c’était le prix important en France, qui mettait en lumière certains jeux, et qui me servait de guide en fait. J’y allais en tant que joueuse, donc sur la zone publique. Je ne sais pas si vous aviez des badges pro, mais entre pro et presse, entre badge presse et zone publique, il y a quand même un monde.

GO: En tant que jury de l’AS d’Or, est-ce que tu peux nous décrire un peu les grandes étapes du travail du jury, de la sélection des jeux jusqu’au palmarès final. Comment ça se passe ?

NZ: Alors déjà ça a commencé pour l’année prochaine pour les gens qui feront encore partie du jury l’année prochaine. On joue tout au long de l’année en fait. Il y a les jeux qu’on découvre en avance parce qu’on y a joué à Essen, parce que on y a joué au FIJ, là maintenant, et que c’est des jeux qui sortiront plus tard cette année ou même des fois l’année prochaine. On joue en permanence. Après l’organisation qu’on a en interne, on a un tableau avec toutes les sorties, qu’on alimente nous-même. Ca prend beaucoup de temps C’est vraiment à nous d’aller l’alimenter avec toute la liste des jeux qui sort. Et on n’a pas toute la liste en avance non plus. Chacun va aller mettre une note des jeux qu’il a joué. La note, c’est simple, c’est 1 on connaît déjà, c’est pas intéressant, on met de côté. 2 C’est ok, c’est pas mal à voir. Si je refais une partie, ça ouvre la possibilité que d’autres personnes aient aimé ou pas aimé. Et 3 il est au dessus. Et la note elle peut changer en cours d’année. On est beaucoup à faire ce système-là. On va mettre un trois parce que la découverte du jeu était intéressante. Vous savez, découvrir un jeu pour la première fois, il y a une certaine fraîcheur. Après, quand tu joues, tu vois ces petits défauts. Finalement, c’était cool à découvrir, mais un petit peu rétrograde. Donc il y a pas mal de jeux qui commencent avec un 3 et qui changent ensuite.

Alors la règle a un peu évolué, mais dans tous les cas, la règle principale, c’est que le jeu est sorti en boutique dans l’année qui précède. Cette année pour gagner, il fallait que ce soient des jeux sortis en 2025. Donc ça, ça a légèrement changé. C’était la première année où c’était l’année civile qui comptait parce qu’auparavant, ça allait de novembre jusqu’à mi-janvier à peu près. Ce qui crée plein de confusions. C’est vraiment beaucoup plus simple de dire l’année civile, parce que surtout, il n’y a plus de jeux qui sortent. Enfin, après Noël, il y a très peu de jeux qui sortait pour janvier. Du coup, la césure, elle est très nette. Je sais pas pourquoi on n’a jamais fait ça. Enfin si, parce que ça demande en fait d’être beaucoup plus performant en fin d’année, c’est à dire que là, on devra récupérer des jeux qui sont sortis en novembre-décembre.et qu’on y ait joué en 2025, début 2026.

GO: Donc les jeux comme les jeux experts qui sortent en novembre décembre vous y avez accès seulement à ce moment-là ? C’est assez fou quand même !

NZ: Alors justement ça a été un gros travail à faire quand je suis rentré au jury. On recevait pas les jeux en vrai. Nadine m’avait dit « tu vas voir, t’inquiète, pour recevoir, tu vas les recevoir ». En fait, au bout de six mois, je n’avais toujours rien. Donc j’étais sur les festivals, j’étais aller voir les éditeurs, je leur ai expliqué comment on fonctionnait et du coup ils m’ont dit oui, on peut vous envoyer des jeux. Et heureusement sinon le budget allait être très conséquent si tu dois tous les acheter un par un. Et puis tu n’as jamais accès à tous les jeux.

GO: Parce qu’eux n’ont pas à concourir directement ?

NZ : Non, c’est les jeux qui sortent dans l’année. Même si les éditeurs n’envoient pas de jeu ils peuvent quand même être nominés. Ils sont sélectionnables. Je pense qu’il y a des jeux qui ont été sélectionnés alors qu’on n’a pas eu de jeu mais on a eu un coup de cœur. Mais ce n’est pas un dû. En fait, ils n’ont pas à le faire. Mais s’ils veulent avoir une chance, c’est quand même mieux que les gens aient eu la possibilité d’y jouer en fait.

GO: Mais du coup, ils l’envoient à quelques membres ?

NZ: Alors ça dépend des éditeurs. Il y en a qui n’ont pas trop le budget d’envoyer à tout le monde, donc ils envoient à une personne, on essaye et si on a aimé, on va faire tourner les jeux quand on se voit parce qu’on se voit plusieurs fois dans l’année, je reviendrai là-dessus plus tard

Il y en a d’autres qui vont envoyer en fonction de ce qu’on va cocher/demander via un tableau à remplir, et tu reçois ce que tu veux. Après, on ne demande que ce qui est pertinent parce que ça fait beaucoup de jeux.

GO: Parce qu’on parle à peu près de combien de nouveaux jeux qui sortent à l’année?

NZ: Là, on en avait plus de 600. Et je te parle des jeux qui sont des jeux nouveaux. Je ne parle pas des rééditions, Je ne parle pas des extensions. Mais desfois il y a des V2 aussi. Tu vois Endeavor eaux profondes, qu’est-ce que ça change par rapport à Endeavor? Est-ce que c’est qualifiable? C’est à nous de voir. Donc il faut avoir jouer Endeavor, Il faut avoir joué à Endeavor en eaux profondeur pour voir si l’ADN est vraiment le même.

 

 

GO: Et est ce qu’il y a des personnes qui sont attitrés à lire toutes les règles et à expliquer le jeu?

NZ: Parmi nous, quelqu’un a lu les règles mais ce n’est pas toujours la même personne heureusement.

Mais ça aussi, ça s’est affiné au cours du temps parce qu’il y a des fois où on a tous joué au jeu, mais personne n’avait lu la règle. Tu découvres le jeu au festival, tu sais que quelqu’un te l’a expliqué et après tu te rends compte que tu as nommé un jeu et que la règle elle est pas ok. On a fini par essayer de valider ça un peu plus, parce que ça dépend en fait du public. Si c’est un jeu expert, on sait que les gens sont capables d’aller sur le forum de BGG et de lire.

GO: Quand il y a des points un peu douteux sur les règles.

NZ: Par contre, un jeu tout public là il faut que ce soit hyper carré. Si ça se trouve, c’est le premier jeu que la personne va acheter dans sa vie. Dans une boutique de jeux. Il ne faut pas qu’il y ait  d’ambiguïté  sur la règle. Donc ça aussi c’est un gros boulot. Parce que relire la règle alors que tu sais déjà jouer au jeu, c’est un peu compliqué. C’est comme les éditeurs en fait, ils font une relecture, il faut qu’elle soit faite par quelqu’un qui ne connaît pas le jeu. Sinon tu sais ce que tu es en train de lire, tu comprends?

GO: Oui complètement. Et est-ce que le festival donne une sorte de ligne directrice, d’autres critères qui changeraient d’année en année?

NZ: Non parce qu’il n’y a pas de président du jury. Peut être que ça évoluera un jour, peut être cette année. Enfin, c’est quelque chose qui commence un petit peu à être discuté. C’est drôle comme ça, on évolue chaque année, on fait des trucs, par exemple créé une catégorie initié qui n’existait pas avant. C’est venu d’un besoin en fait l’année de The Crew en fait, c’était trop bizarre de le voir en expert et du coup ça a vraiment fait avancer le débat. C’était latent depuis plusieurs années, mais là, c’est devenu vraiment flagrant qu’il fallait faire quelque chose. Donc voilà, ça évolue parce que le jury se remet en question et que le Palais des Festivals , enfin Cynthia en fait, qui a remplacé Nadine, valide au bout d’un moment si c’est pertinent d’avancer dans cette direction-là. Les dates de sélection aussi.

GO: C’est vraiment hyper ancré pourtant cette idée que ce sont aux éditeurs de concourir. On nous avait dit ça, qu’en fait, on était obligé d’envoyer le jeu si on voulait concourir. Mais du coup, au début vous avez 600 nouveaux jeux que vous essayez de tous tester et à partir de là, vous faites une sélection. Genre vous devez en sélectionner, j’en sais rien 100.

NZ: Tiens c’est intéressant je voudrais bien savoir comment vous imaginez tout cela. On répond à des interviews où on explique comment ça fonctionne, mais voilà, ça se diffuse petit à petit. Mais du coup, comment vous voyez les choses c’est quoi votre légende?

GO: Pour nous, on vous propose des jeux, il y en a un certain nombre qui peut concourir. Vous testez tous les jeux qu’on vous propose, et ensuite vous en faites une sélection. Le nombre, je ne sais pas. Je ne sais pas si vous faites une présélection, genre vous dites des nominables, il pourrait y en avoir de ce que vous avez testé, je sais pas, une cinquantaine et après vous refaites un test pour affiner.

NZ: Effectivement oui tu n’es pas loin. Donc on reçoit les jeux, on va sur les festivals, on fait des week-ends ensemble où on joue, où soit on lit les règles ensemble. Soit quelqu’un a lu les règles et explique aux autres. Pour les jeux Expert, ça va quand même mieux quand c’est quelqu’un qui a lu les règles. Non, mais je me rappelle de la fois où ils (les membres du jury) étaient venus ici et on a joué à Voidfall. Ça a pris la journée, 1h-1h30 d’explication de règles. Il y avait, je crois, plus d’une heure de mise en place du jeu. On s’était levé très tôt, on a commencé à 10 h. J’ai relevé la tête, il faisait nuit dehors.

GO: D’ailleurs vous avez combien de temps en commun Sur l’année ? Parce que tu avais dit que vous vous retrouviez…

NZ: On arrive à faire en moyenne trois week end, un week end de trois jours. Enfin je dis week end mais c’est deux ou trois jours à l’automne plus un week end aussi ici, où on est vraiment plus dans la performance. Y a quelqu’un qui vient faire la mise en place, expliquer les règles ce qui nous aident vraiment. On se voit sur des festivals, mais on n’est pas tous sur tout les festivals et en fait on ne joue pas forcément tous ensemble sur les festivals. Des fois on va être deux ou trois, mais on ne se déplace pas tous. Déjà parce que c’est un peu intimidant pour les éditeurs ou l’animateur qui se dit oh putain le jury, merde!

GO: Mais j’imagine que c’est aussi pour « couvrir plus de terrain »

NZ : Oui, et aussi, on a fini par se dire que c’était pas vraiment une bonne idée de jouer tous à la même partie du même jeu, parce que ça vous est tous arrivé d’avoir une animation qui n’était pas ouf, voire même il manque une règle ou deux au jeu et ça flingue le jeu complètement. Donc si ça flingue le jeu auprès de tous les membres du jury du coup ça ne lui laisse pas sa chance. que si on le reteste derrière, potentiellement il peut très bien être apprécier. Mais voilà, on a des temps communs quand même sur les festivals où on se retrouve. Le PEL (Paris Est Ludique) clairement, on y est à peu près tous. Le FLIP (Festival Ludique International de Parthenay) où on est quelques uns. Vichy on y est tous. Le FIJ on y est tous mais on a un peu des trucs à faire. Et puis après, il y a d’autres festivals, des fois où on se recroise. Et après, il y a le temps de délibération qui dure maintenant très longtemps. Mais j’y viendrai plus tard.

A l’issue du week end qu’on fait ici début janvier, dans les deux ou trois jours qui suivent, on propose tous une shortlist de 15 à 20 jeux. Toutes catégories confondues, 15 à 20 jeux chacun. Et quand on met tout ça en commun, on envoie tous sa liste perso à Cynthia comme ça on ne s’influence pas. Ça fait que chaque année, on se retrouve avec entre 50 et 60 jeux. Et ça, c’est notre short list générale. D’ailleurs encore bravo avec tes 50 de tout à l’heure C’était pas mal. Donc ça, ça tombe environ de début à mi janvier, Et quand elle arrive, tu dis ah ouais tiens il y a ce jeu. Bah faudra que j’y joue . Du coup, il nous reste une dizaine de jours pour trouver le jeu, y jouer. Ou alors sinon au moment où on se retrouve pour les délibérations, on aura encore l’opportunité de le découvrir et d’y jouer.

GO: Ah oui Donc janvier c’est costaud. Moi, dans la légende urbaine, je pensais que Vous aviez quasiment tout bouclé novembre, décembre et que janvier c’est le moment où vous allez annoncer les nominés

NZ: On aimerait bien, Mais en fait de toute façon, il y a des jeux qui sortent jusqu’en décembre et même jusqu’à l’année dernière, il y avait des jeux qui sortaient jusqu’à mi-janvier, tu vois donc.

Alors effectivement, c’est moi qui rassemble tous les jeux et je les amène en délibération. Il y a eu plein d’années en fait, où on se retrouvait sur un week-end, on arrivait le vendredi soir, on était dans un lieu où il y avait déjà plein de jeux, genre le club à Boulogne ou le chalet d’un monde de jeux. Ça nous est arrivé une fois et il fallait qu’on amène pour compléter. Donc là, c’est la deuxième année où on va à Cannes, et ça dure beaucoup plus longtemps. On n’arrive pas le vendredi soir, on arrive avant. Ça nous laisse plus de temps pour jouer ensemble. Ça nous laisse plus de temps pour délibérer de façon plus détendue en fait. Et ensuite, on y reste pour la conférence de presse. C’est pour ça que ça a lieu à Cannes depuis l’année dernière en fait. Cynthia organise la conférence de presse au sein du palais et c’est là où on annonce les nommés. Et donc ça fait partie aussi du travail qu’elle fait pour mettre en avant le jury qui était vraiment dans l’ombre avant. Donc là, on participe à la conférence de presse, tout le monde est là, tout le monde est vu. Ca met vraiment en avant ce travail là. Cette année on est arrivé le jeudi et on est reparti le mercredi. D’ailleurs je rappelle que l’on est pas payé on fait notre bouffe, on fait des binômes, mais par contre on est logé. C’est un moment sympathique. Mais comme ça dure longtemps, il faut aussi tenir sur la durée. C’est à dire qu’à la base on est pas des copains, on ne sait pas vivre ensemble, mais on se retrouve pendant une semaine ensemble.

GO: Ouais mais tu n’es pas obligé de rusher pendant 48 h où tu finis ta journée, tu as la tête comme ça parce que tu as testé quinze jeux en 7-8 h, tu peux un petit peu étaler sur la semaine.

NZ: Oui et cette année c’est ce qui s’est passé, c’était vraiment très confortable. Et là tu te dis mais comment on a fait les années précédentes?

GO : Pourquoi on n’y avait pas pensé? Donc en fait, finalement, les nominés sont choisis limite 24 h avant la conférence de presse…

NZ: Oui Oui, c’est tout frais.

GO: Non mais parce que des fois, on pense que ça peut être en amont de deux, trois semaines. Et comme c’est quasiment un mois avant le festival, les décisions ont peut-être été prises il y a deux ou trois semaines.

Et une question. Un jeu quand il est nommé, c’est nommé à l’unanimité ou c’est à la majorité? Parce que je pense qu’il y a certains jeux qui peuvent ne pas plaire à d’autres… Comment se passent ces délibérations ?

NZ : Alors la délibération, ça commence par la catégorisation des jeux. Ça, c’est vraiment le début. On a mis au point une méthode qui marche plutôt bien. Après, vous allez me dire mais pourquoi Rebirth est dans telle catégorie, pourquoi TakeTime…? C’est parce que, en fait, d’après nos discussions sur ces deux là, vraiment, on a discuté longtemps parce qu’on sait très bien que ça aurait pu être dans l’autre sens. En fait la méthode c’est que chaque jeu est bon quand on a fait notre shortlist. Chacun a dit par exemple Take Time je le mets en tout public. Ok, il est en public et on va faire quatre piles comme ça Enfant, Initié, Expert, Tout Public. Et on passe par binôme et puis on met Take Time en public. Je ne suis pas trop d’accord. Moi je le mets en initié, je change de catégorie. Il y a un autre binôme qui va passer, qui le voit en initié, qui va se dire ok, il est en initié, je le laisse là, ça fait qu’il reste là et que personne ne l’enlève. Il va rester en initié. Par contre, s’il y a un autre binôme qui vient, qui dit Take time en initié sérieux, moi je ne suis pas d’accord. Du coup il est enlevé et il est mis à la discussion. et du coup après il y a ceux où on est tous d’accord, on est passé tous devant et on s’est tous dit ok, il est à sa place et il y a ceux où on n’est pas d’accord. Et là du coup, on aligne les arguments pour voir c’est quoi.

GO: Donc là on reste clairement sur de la sensibilité. Vous n’avez pas de critères objectifs dans chaque catégorie?

NZ: Si il y’en a. Mais au début, c’est de la sensibilité. En fait, tu dis intuitivement moi take time je l’aurais mis là où je l’aurais mis là. Mais après tu écoutes les arguments, les expériences, certains critères qui font que, eh ben Rebirth, il y a quatre pages de règles, mais les règles elles sont hyper bien écrites, elles sont ultra simples. Quand tu les regardes, tu dis ben ouais, take time je crois, il y avait 17 pages de règles et ça, ça a été le critère qui a fait qu’il n’était pas en tout public. Take Time C’est évolutif. Alors autant le premier niveau est simple, autant les règles sont simples. Mais le côté évolutif, ça a fait que pour le tout public, ce n’est pas évident. C’est toujours le truc qui moi me guide et qui guide le jury de façon générale, c’est : si c’est en tout public, si c’est l’As d’Or jeu de l’année, est ce que potentiellement ça peut être le premier jeu que quelqu’un achète dans sa vie. Il ne faut pas le mettre en défaut sur quelque chose qui va être trop compliqué.

 

 

GO: Cette année il y a eu aussi Toy Battle. C’était touchy ou non, ça s’imposait tout public. Parce que c’est vrai que les dernières années, il y a eu trio, il y a eu Odin. Pour le coup, là, c’est tellement évident.

NZ: Tu parles en tant que gagnant ou en tant que nommé dans la catégorie tout public?

GO: La catégorie en tant que nommé. Mais il n’y a pas les critères que vous vous rappelez entre vous ?

NZ: Si si, il y a des critères quand on écrit, qu’on affine chaque année. Qui vont être plus vrais. Enfin, il y a des choses qui vont évoluer d’une année sur l’autre.

GO: Et du coup, sur la dernière ligne droite, là, vous avez fait votre semaine, vous avez fait vos catégories.

NZ: Et après, une fois qu’on a fait nos catégories, on va pouvoir passer à une première délibération. Ça dépend des années. Ben là, on l’a fait dans l’ordre. On a commencé par enfants. Je procède de la même façon pour chaque catégorie, c’est à dire que je regarde la liste des jeux. Et puis quelqu’un autour de la table va prendre un jeu. Alors ce jeu là, je l’ai beaucoup aimé parce qu’il a telle qualité, telle qualité, j’ai joué avec tel type de public et vraiment il y avait un mécanisme assez nouveau et ça marchait hyper bien. Et puis je te passe la boite et tu vas dire ce que tu en as pensé, ça fait le tour de tout le monde. On essaye d’aller vite parce que on a 50 jeux à faire comme ça, donc si on y va chacun cinq minutes, ça va pas. Mais s’il y a le même argument en fait, on va être ok et on ne va pas redire les mêmes arguments, on va venir compléter d’autres expériences. Il va y avoir des bémols que des gens vont apporter en fonction des expériences multiples. C’est enrichissant d’entendre aussi les autres qui disent ok, j’ai la même expérience que toi, moi aussi je me suis éclatée là dessus et d’autres qui vont dire ben moi je l’aime bien, mais dans mon entourage ça ne va pas trop marcher parce que c’est pas facile de comprendre ce système là et en fonction de la catégorie, ça change tout. En fait, si c’est du tout public ou du initié, on initie, on s’en fout en fait que ça ne plaise pas à tout le monde, on s’en fout que ce soit un peu plus difficile d’accès, Mais voilà, vraiment ça va changer en fonction des catégories. Donc on fait comme ça le tour de table pour chaque jeu. Chaque jeu a sa chance. A l’issue de ça, ce qu’on fait maintenant depuis deux ans en fait, et ça marche plutôt bien, c’est qu’on refait une shortlist, c’est à dire qu’on a entendu les arguments de tout le monde et on se dit ok, moi je l’aimais bien, c’était un petit coup de cœur. Mais alors je vois que. Vous, vous Êtes dit Ouais, bof, mais parce qu’on sait très bien qu’un jeu c’est aussi un moment avec des personnes et que tu as passé un bon moment autour d’un jeu.

GO : Donc de base, vous allez mettre ce qui fait l’unanimité. Finalement, vous allez les mettre en short list. Après, comme vous en sélectionner trois par catégorie, bah va falloir faire des concessions pour qu’il y en ait quand même trois de sélectionner.

NZ: Je ne te cache pas que chaque année on se dit « Cynthia, on peut en avoir un quatrième s’il te plaît? » Donc Oui, c’est très dur.

GO: Ce qui prouve qu’il y a une densité assez forte

NZ: à l’issue des nominations il y a toujours du monde qui va dire « pourquoi il n’y a pas eu ci, y’a pas eu ça mais il y a untel mais comment ça se fait qu’il n’y ait pas lui. Mais alors vraiment, ils n’ont pas joué… » On ne peut en mettre que trois déjà et si, en fait, on a joué à 600 jeux, donc vraiment on y a joué. S’il n’y est pas, c’est parce qu’il n’y a que trois places en fait. Et oui, c’est subjectif. C’est ce jury à ce moment là qui, avec son expérience, définit ça.

GO: Et est ce que c’est déjà arrivé avec les membres du jury d’être unanimes dès le, on va dire dès le premier tour en disant mais ça, ça c’est vraiment exceptionnel. Il sera As d’Or…

NZ: Oui. Il y en a qui emportent l’approbation de tout le monde, c’est clair.

GO: Le dernier en date que tu as en tête?

NZ: Et vous, vous en pensez quoi? Moi je ne vous dirai pas. Qu’est-ce qui vous paraît évident que tout le monde a aimé cette année ou les années précédentes?

GO: Alors moi, typiquement, c’est en expert. Ark Nova qui pour moi était une évidence. Par contre, je pense que c’est clivant il peut ne pas faire l’unanimité sur les jurys. Mais sinon moi je pense vraiment qu’un jeu comme Azul, ça a pu faire l’unanimité

Est ce que il faut forcément un vainqueur ou il y a vraiment des moments où c’est tellement 50/50 qu’à un moment vous ne pourrez pas vous prononcer.

NZ: J’ai commencé en 2017. Cette année-là, il y avait Imagine, il y avait Kingdomino, il y avait Codenames, il y avait Unlock

GO: On en avait parlé avec Bruno Cathala, on a dit c’est l’année de la mort en fait, parce que en terme de truc, c’était waouh!

NZ: On a finit la soirée on n’y arrivait pas. On s’est dit bon, on va se coucher, on recommence demain matin. C’était, il fallait un vainqueur.

GO: Et donc ensuite, une nouvelle short-list donc la deuxième short-list.

NZ : La deuxième short-list. Donc à l’issue du tour de table, on prend quelques minutes chacun, on va s’aérer, on essaie de ne pas se laisser influencer par les autres et on se dit bon ben maintenant, vu tout ce que j’ai entendu, lesquels je retiens? On a pas un nombre défini de jeux, on va se dire qu’il en faut au moins un. Et qu’on en met maximum cinq. Mais du coup ça va écrémer. Et du coup, il y a des jeux qui vont sortir naturellement parce que personne ne les aura retenus. Et ça marche hyper bien. Mais là, ça ne fait que deux ans qu’on fait ça. Avant, on ne faisait pas ça. C’est à dire qu’avant on allait rediscuter de chaque jeu, c’était un déchirement à chaque jeu auquel je renoncais. Alors que là, c’est toi qui prends la décision. Tu dis ok. Non, je sens qu’il va pas passer, je vais garder celui-là, celui-là, celui-là, celui-là, j’en garde que deux parce que je m’en fous des autres en fait. Et du coup, ça recrée une short list. Alors il y a des fois où il en reste que trois, donc c’est bon, on va les nommer, mais vraiment il y a des fois il en reste six. Bah du coup on va en discuter et essayer d’équilibrer. Quand c’est en tout public, on essaie de faire en sorte qu’il y ait un peu toutes les tranches de la population pour présenter. Après, c’est de la cuisine.

C’est une discussion. On a changé un peu les modalités pour faire en sorte que ce soit la discussion et pas le vote qui fasse élire les jeux. Et le coup de la re-short list, ça marche hyper bien parce que la discussion tu l’as avec toi même. Enfin, il y a une autre discussion, tout le monde a pu s’exprimer et suite à ça on palpe si le jeu est attendu par les autres ou qui ne va pas être suivi. Et du coup déjà ça, ça permet d’éliminer facilement et de porter la discussion uniquement sur ce qui va être impactant. Mais c’est pas évident d’être dans la discussion, ça s’apprend, d’être membre du jury aussi. C’est à dire que quand tu commences, tu as plus envie de défendre un jeu que tu aimes. Et petit à petit tu te dis bon ok, moi je l’aime. Ça ne change rien qu’il soit nommé ou pas nommé. Moi je l’aime Take time même s’il ne gagne pas. Ça ne m’a pas empêché de dire aux auteurs Moi c’est mon jeu préféré de tous les temps.

GO: Et d’ailleurs, dans ce genre de chose, est ce qu’il n’y a pas un risque qu’il y ait un peu cet effet leader d’un membre du jury ou tout ça de façon pas forcément volontaire, mais qui est, comme dans certains jeux coopératifs où il y en a un qui veut prendre le lead très naturellement et qui pourrait plus ou moins influencer. Est ce que vous faites attention à ça ou pas ?

NZ: À ça justement avec le tour de parole où tout le monde s’exprime. Ça n’a pas toujours été le cas, mais du coup, ce moment où vraiment tu prends, tu en parles, tu as ton moment à toi où tu peux en parler. Ça fait en sorte que chacun à son temps de parole. Évidemment, il y a des gens qui parlent mieux que d’autres, des arguments plus percutants que d’autres. Ça, tu ne peux pas empêcher les gens d’être meilleurs, par contre, d’avoir des arguments plus massifs. Et cette année c’était vraiment très réjouissant pour ça, c’est que même s’il y a des jeux que moi je n’aurais pas mis dans ma sélection, je trouve que ce qu’on a réussi à faire, c’est quelque chose avec lequel je suis au clair. Je suis d’accord parce que les arguments m’ont touché sur la pertinence de la nomination de certains jeux, etc. Et du coup, c’est là où c’est la différence entre tu es joueur et tu deviens membre du jury et du coup tu dis ah non, je ne veux absolument pas de ce jeu là, je ne l’aime pas et plus tard tu deviens à l’écoute et tu dis, moi il ne me parle pas, mais j’entends les arguments qui font que ce jeu il est à sa place pour parler au public.

GO: Tu as une vision plus globale des choses, finalement plus ouverte sur le débat.

NZ :  Et surtout la façon qu’on a de procéder maintenant, c’est vraiment qu’on est sur un niveau d’intelligence collective où on trouve quelque chose qui va cibler un maximum de personnes. Et bien sûr, on aurait pu mettre d’autres jeux en fait, mais il y a d’autres jeux qui font le même job que ceux qu’on a nommés.

 

GO: Pour rester sur les catégories, est ce que le festival envisage de les faire encore évoluer ou pas forcément?

NZ: Je pense pas non. Tu verrais quoi comme autre catégorie?

GO: Alors après en fait, selon comment on imagine un festival, on peut imaginer énormément de choses. On peut imaginer une catégorie jeux à deux, on peut imaginer une catégorie jeu coop, on peut imaginer des prix pour l’illustration ou pour le design, imaginer plein de choses.

NZ: Alors je vais répondre à jeux à deux, jeux coop. Si une année il n’y a que des mauvais jeux à deux ou que des mauvais jeux coop, ben tu vas mettre le moins pire des mauvais. Dans une catégorie qui cible une tranche, un type de joueurs, c’est plus simple à trouver. Enfin, c’est plus évident que tu vas avoir des bons jeux, il y a toujours des bons jeux quoi qu’il arrive. Des bons jeux à deux, oui, il y en avait plein cette année, c’était représentatif. Il y a trois ans est ce qu’il y avait des bons jeux à deux, oui sans doute, mais en trouver trois…

Et c’est pour ça qu’on ne fera pas des catégories plus ciblées que ça. L’illustration, c’est pas notre métier, tu vois. Moi je ne suis pas formée aux arts graphiques. Tout ça, je peux dire, ça me plaît bien. Mais je ne pense pas qu’il y aura une évolution vers ça. Enfin, en tout cas pas cette année. Peut être que d’autres membres du jury pousseront pour que ça évolue vers ça, mais pour moi ce n’est pas souhaitable.

GO: J’ai une petite série de tous les fantasmes qu’on peut avoir ou les idées qu’on a, et du coup, on peut passer en revue ces petits points, à quel point ce sont des choses qui font partie de la discussion ou pas du tout. Par exemple à Essen il y a le Spiel, est ce que ça fait partie des discussions de s’il a été nommé là-bas?

NZ : Pas du tout. Si le jeu mérite. Il mérite d’avoir plusieurs prix. De la même façon, si un auteur a deux jeux, il a deux jeux.

GO: On a l’exemple cette année avec Flip 7, est-ce qu’un jeu qui a déjà cartonné, qui n’a pas besoin du coup de coup de pouce comme Flip 7, ça fait partie des choses qui peuvent quand même rentrer en compte pour choisir le vainqueur ?

Parce qu’effectivement, dans la présentation à la conférence de presse, il y a beaucoup de vidéos qui expliquent en quoi le l’AS d’Or a boosté les ventes mais aussi le rayonnement du jeu à l’international. Est ce que c’est quelque chose qui est réfléchi, en amont, quand vous nominer quelqu’un, ça rentre en ligne de compte ou non? Même si le jeu il a fait 800 000 boîtes vendues cette année, si c’est le meilleur de cette année, ben il sera là ?

NZ : Non, non, puis vraiment, on est tellement focus sur les mécaniques, la portée vers le public, ce qu’il amène intrinsèquement. Par exemple l’année dernière, on a regardé le panel, on s’est dit « il n’y a aucun jeu de BlackRock, aucun jeu de Gigamic, aucun jeu de Hachette. » En fait, l’année dernière, mais vraiment à la photo finish, on s’est dit bon ben c’est comme ça. Enfin tu vois, c’est juste pour dire, on ne cherche pas à être représentatifs. Mais c’est juste pour dire on pense aux jeux et à la portée auprès du public, et pas ni à ses ventes, ni à est ce qu’il est en rupture en ce moment, ni tous ces trucs là qui ne sont pas de notre ressort.

GO : D’ailleurs, par rapport à ça? On voit que sur les boîtes, souvent au FIJ, il y a l’Estampille As d’Or, donc forcément ils sont au courant avant ?

NZ: Donc ils sont au courant en même temps que vous à la conférence de presse.

GO: Ça veut dire qu’en fait ils sortent des boîtes maintenant?

NZ: Oui.

GO: Parce que moi ça m’a toujours ça m’a toujours interloqué le fait que le lendemain de la remise des As d’Or, il y avait des boîtes qui étaient posées et c’était marqué dessus As d’Or 2024, 2025, 2026. J’avais vu ça justement, c’était marqué As d’Or au sein du festival donc moi je me suis dit bon bah du coup, ils le savent peut-être un peu avant pour pouvoir sortir les boîtes et pour pouvoir les vendre sur les stands à très peu d’exemplaires. Ou alors c’est un coup de bluff.

NZ: Alors de toute façon maintenant il faut qu’ils signent une convention parce que maintenant ils payent la position du logo As d’Or.

GO: Ah d’accord ok.

NZ: Parce qu’avant c’est depuis l’année dernière en fait, où c’est comme le Spiel, la position du logo et la communication autour de l’utilisation du fait que ton jeu a été nommé ou primé, ça se paye. Donc c’est en fait le label, pas nous.

GO: Vous choisissez les Nominés et En même temps les gagnants. Et vous prévenez les gagnants à quel moment?

NZ: Ils le savent à la cérémonie en même temps que tout le monde.

GO: Parce que nous, on avait vu à la cérémonie où on était cette année, il y avait des gens de Toy Battle qui étaient déjà en train de descendre, tous costumés. C’était un coup de bluff ou pas ?

NZ: Je ne sais pas. Je ne sais pas normalement non ils ne sont pas au courant donc c’était surement un coup de bluff. La preuve là cette année, il y en a quand même qui disaient que ne sachant pas s’ils seraient récompensés, ça l’a embêté de faire un discours. Je crois, c’était Florent (Sirieix). N’étant pas sûr il ne s’était pas embêté à en préparer un. Voilà. Parce qu’en fait, ils préparent tous au cas où ils sont primés. Mais j’aimerais vraiment pas être à leur place.

GO: Ça doit être dur, mais tu le vois en plus quand ils passent au micro, tu sens vraiment qu’il y a l’émotion

NZ: Ils y en a qui se décomposent sur scène et ils y en a aussi qui gèrent bien, genre Matthieu Roussel, il a tellement bien géré (celui qui a parlé pour Zenith). Mais bon, il fait du stand-up. Alors déjà moi je stresse quand je sais que je vais annoncer les résultats, de voir tout le monde qui est là, qui t’écoute. Enfin si tu n’as pas trop l’habitude de ça, déjà tu as beaucoup de choses à gérer, alors en plus eux ils ont l’émotion à gérer. Et en fait, pour avoir discuté avec plusieurs, il y a des gens comme Matthieu Roussel qui savent gérer et puis en fait, tous les autres, ils ont les jambes sciées, ils sont complètement désarçonné par ce qui leur arrive là. D’un coup, gagner un as d’or, même s’il l’espérait. Et j’en ai vu. Il y en a qui pleurent sur scène. L’émotion est tellement forte. Moi aussi, ça m’est arrivé.

GO: Est ce que tu as déjà eu un coup de stress quand tu allais annoncer un résultat? De dire merde, tu vas entendre la salle huer ou un truc comme ça ? Parce que de toute façon ça fait toujours réagir. Déjà des nominations, ça fait réagir. Il y a des lauréats, ça fait réagir. Est-ce qu’un jour vous vous êtes dit merde putain, quand on va annoncer les résultats, la réaction que ça va avoir…

NZ: Alors des fois ça nous est arrivés de se dire ouais, ça va être drôle de voir leur réaction parce que ils ne nous attendent pas là-dessus. Mais ce n’est pas de la peur car je pense que chaque fois on sait que le gagnant va être plutôt positivement reçu.

GO : Parce que c’est un milieu quand même relativement bienveillant.

NZ: Oui enfin ça dépend, par exemple Odin l’année dernière ça a créé quand même plein de haters.

GO: Est ce que c’est vraiment des gens du monde du jeu qui sont haters ou ce sont des gens qui regardent ça de loin? Alors que dans le milieu ça a plutôt été bien reçu. En tout cas avec les réseaux sociaux, il y a beaucoup de gens qui s’incrustent dans beaucoup de domaines et qui ne font pas partie de ce domaine là. Le jeu de société cherche aussi à gagner en visibilité comme le festival qui va aller chercher des gens qui ne sont pas du milieu du jeu, de base pour les faire venir, leur donner envie de venir au festival et de venir tester les jeux. Mais ça ne sera pas forcément des gens qui sont déjà dans le métier, qui connaissent le festival. Donc ça peut être des gens qui viennent à côté et avec le lot de problèmes que tu peux avoir des réseaux sociaux, qui vont venir apporter certains, pas une majorité heureusement, leur toxicité. C’est super dur les retours que vous pouvez avoir desfois, d’où ils viennent ? des réseaux ?

NZ: Les réseaux, les gens que tu croises pendant le FIJ. Parce que pendant le FIJ en fait, tu es hyper exposé. Alors niveau retour cette année on a eu « super sélection », les gens sont en accord avec les décisions. Mais effectivement l’année dernière, c’était plus difficile. L’année dernière il n’y avait que des outsiders.

GO: Il y a parfois une volonté dans les derniers moments de se dire bah tiens, on va prendre le contrepied ?

NZ : Non, c’est vraiment encore une fois, comme je vous disais tout à l’heure, où, après coup, on a vu qu’il n’y avait pas de BlackRock où après coup on se dit Oh là là, ils vont être tellement surpris, ils vont tellement pas s’attendre à ce que ce soit ce jeu-là. Mais c’est après coup en fait, on ne le fait pas exprès. Ce n’est pas un critère.

GO: Est-ce que le fait d’être jury du prix As d’Or t’as aidé à découvrir des jeux dont tu ne serais soit pas clientes de prime abord, soit que tu ne serais pas aller tester de toi-même ?  

NZ: Oui, clairement ça m’a sorti de ma zone de confort. Par exemple les jeux types améritrash je ne suis pas du tout cliente de base, mais j’en ai découvert plusieurs cette année qui m’ont enfin plu. Je commence à découvrir cet univers là qui n’était pas tellement le genre de jeu que j’aimais bien avant. Je suis devenue une joueuse éclectique, mais à la base je ne l’étais pas. Mais on est quand même obligé de tester plein de jeux qui sont vraiment entre nuls et quelconques.

GO: Donc quand Vincent Dedienne a fait sa présentation au FIJ il y avait une grosse part de vérité quand même dedans ? Desfois on peut se dire que sur le ton de la blague, il force le trait mais en fait non, il est même un peu en dessous.

NZ: Non, il force un petit peu. Mais c’est quand même très juste ce qu’il raconte. De fait, ce mec est très très fort. C’est vraiment une chouette personne en fait.

GO: Je me demandais aussi la place de l’écologie dans la fabrication du jeu et la place du design, de la beauté visuelle, du jeu? Est-ce que c’est des choses qui sont déterminantes?

NZ: Le design du jeu oui. La place de l’IA aussi? Ouais, c’est rédhibitoire, ça fait partie des critères de sélection. Depuis cette année, je ne sais pas si vous avez suivi, il nous faut le nom de l’illustrateur Sur la boîte. Et alors par contre, c’est une raison de disqualification s’il n’y a pas l’auteur (depuis plusieurs années). Et depuis cette année, s’il n’y a pas l’illustrateur. Et vraiment il y a des jeux qui auraient pu se qualifier cette année, qui nous ont fait un petit crève-cœur.

GO: Mais je trouve que c’est une décision responsable du jury de promouvoir ce genre de choses. Là où il y a eu quand même la grogne pendant un moment, il y a eu déjà le problème sur l’affiche du festival. Du coup, la première affiche qui avait été faite.

NZ: (La production/l’écologie), Ça pourrait être un axe d’amélioration, mais ce n’est pas un critère. mais il va falloir aussi que les gens qui écoutent ces arguments soient sensibles à ça, parce que pour l’instant ça ne fait pas partie des critères. Mais ça pourrait être une évolution, clairement, il y a peut être des choses à réfléchir de ce point de vue là.

GO: Pareil, au niveau du public ou de ceux qui sont extérieurs, ils peuvent se dire que les membres du jury sont des gens qui font partie du jeu, qui est un petit milieu, donc qui connaissent les éditeurs, qui connaissent les créateurs, etc. Et forcément, à quel point l’affinité avec tel auteur, tel éditeur peuvent vous influencer ?

NZ: Déjà on n’est pas tous amis (avec les auteurs/éditeurs). Enfin ouais, c’est un petit milieu. Clairement, il y a des gens qui sont devenus mes amis dans les auteurs ou les éditeurs, et c’est le cas de tous les membres du réseau. Mais on n’a pas tous les mêmes amis, on n’a pas tous les mêmes connaissances. Et effectivement, ça peut être un biais parce que je ne pense pas qu’il y ait de gens qui ont envie de faire élire le jeu de leur pote. C’est pas vraiment la question. C’est plus que tu as suivi le projet depuis si longtemps que tu en connais toutes les ficelles, Tu sais très bien ce qui va arriver, mais ça ne veut pas dire qu’il va remporter. On est 9.

GO: Est-ce que vous avez pensé à mettre une mention honorable sur un truc qui pourrait, quand même avoir ce petit truc en plus sur la vision globale de dire il n’a pas été nominé mais c’est un très bon jeu ?

NZ: Cette question, elle revient tous les ans. C’est comme les recommandations du Spiele où tu as les trois, quatre, cinq jeux qui sont recommandés dans la catégorie, qui ne sont pas nommés mais qui sont recommandés. Moi, en tant que joueuse pro du milieu, ça m’intéresse de savoir quels sont ces jeux. Mais des fois ils n’arriveront pas en France. Mais je vais quand même voir ce que c’est. Et nous chaque année, on se dit Ah ça serait bien parce que tu as envie de dire oui, On sait que ce jeu il était bien… Mais on ne le fait pas parce que chaque année, on se dit c’est horrible En fait, pour les gens qui sont même pas dans les recos. Parce qu’après on va nous dire « et lui, il n’était même pas dans les reco, vous n’y avez pas joué? » Donc on ne fait pas. Ça ne veut pas dire qu’un jour ça ne sera pas fait. Oui, parce que ça peut aussi être la liste B en fait.

GO: j’ai une question sur un effet sur ces dernières années, peut être plus encore depuis la catégorie initié, c’est que dans les médias grand public, une fois que le prix est décerné, le jeu qui va être le jeu de l’année, c’est celui des catégories grand public.

Du coup, le grand public, c’est vraiment le jeu qui va prendre le plus de gens peuvent jouer. Et je me  dit que c’est ce jeu là qui va du coup être vu dans la grande presse pour le grand public. J’ai effectivement le sentiment que c’est le jeu qui va être plébiscité, c’est un jeu le plus compact possible et avec un minimum de règles, etc. Si on prend dans les années antérieures, par exemple un jeu comme Les Aventuriers du rail, il pouvait gagner et du coup être visibilisée alors que les Aventuriers du rail c’est un jeu un peu long. Il y a quand même un peu des règles, etc. Et j’ai l’impression qu’aujourd’hui ce genre de jeu, du coup, il serait plus initié. Et je me dis pour le grand public, est ce que c’est une bonne chose que d’aller sur des choses effectivement plus réduites? Trio, Odin C’est sûr qu’il y a ces jeux là qui sont sortis et du coup c’est ça dont on dit qu’il est le meilleur jeu. Et moi ça m’a fait un effet de me dire ah ouais mais du coup, il n’y aura peut être plus des jeux comme des Aventuriers du rail.

NZ: Alors tu ne tombes pas la bonne année. Parce que cette année, en tout public, on met Rebirth, qui est un jeu un peu à l’ancienne, avec un plateau où la partie s’installe, elle se déroule, elle ne dure pas 3 h comme Les Aventuriers du Rail, mais elle est quand même un peu hors format par rapport à ce qu’on attend maintenant d’un jeu qui doit durer 25 à 45 minutes. On tombe aussi sur une année où en initié on met First Rat qui est aussi ce type de jeu un peu à l’ancienne …

GO:Mais ce ne sont pas vraiment les vainqueurs.

NZ: C’est marrant parce que pour nous ce n’est pas si différent. En fait, ce qui compte vraiment, c’est les nommés. Après effectivement il faut mettre un vainqueur . Mais le premier gros travail, énorme travail, c’est les nommés. En fait, vous ne voyez que ça. Et après coup, les gens te disent toujours « Ah oui, Non mais parmi les nommés, enfin, j’étais sûr que c’est lui qui gagnerait. » Oui mais d’accord, tu en avais plus que trois. Moi j’en avais 600 à la base…

GO: Parce que nous, les joueurs, on voit, tous les nommés. Mais Je m’interroge vraiment sur le public qui ne joue pas beaucoup, ou qui ne joue pas du tout, il découvre dans la presse le lendemain, voilà, c’est Toy battle cette année, l’année dernière c’était Odin, c’était trio et du coup c’est plus le regard sur le grand public qui du coup va moins aller chercher des jeux, comme Zénith ou un truc comme ça vu que le focus est mis, on a l’impression, sur l’AS d’Or jeu de l’année et que finalement c’est le prix principal. Mais indépendemment du jury ou quoi que ce soit, mais que c’est celui qui va phagocyter finalement toute l’attention au détriment des autres jeux qui n’intéresseront finalement que les gens qui jouent déjà.

Et du coup, ça me fait penser à des jeux comme la Famiglia avec un processus comme tu l’as décrit, il est arrivé à passer toutes les étapes du processus et c’est chouette parce que du coup, il y a des jeux atypiques. comment des jeux comme ça, et je pense aussi un peu à Arcs cette année, arrivent à tout de même émerger ?

NZ: Tout simplement parce qu’on y joue et qu’on leur trouve des qualités qu’ils ont. Après, sur certains jeux, c’est parce qu’il y a une personne dans le jury qui le découvre et qui surkiffe le jeu et qui du coup le fait découvrir aux autres. Je vous ai dit en Intro que moi, Améritrash, c’est pas trop mon truc. En fait Arcs, je n’avais pas du tout envie d’y jouer, mais comme il fallait que j’y joue, j’y ai joué et je me suis dit qu’il était super ce jeu! Et du coup j’étais complètement ok pour qu’il soit nommé. En fait tu vois, il y a un moment où tu te dis ok, j’avais pas envie de l’aimer. J’ai vu la boîte pendant des mois et je me suis dit non je ne l’ouvrirai pas, je ne lirai pas les règles. C’est un peu la pile de la honte.

GO: C’est là où ça crée le plus d’émotions, c’est à dire un jeu qui de base où tu te dit celui ci je n’ai pas envie d’y toucher, franchement c’est pas mon truc et que tu fais une partie et que tu dis « mais pourquoi j’ai pas joué avant? » Ou d’un seul coup tu reviens sur une expérience que tu disais négative, mais en fait qui a été un bon moment en fait. Donc déjà, tu vois, là il a il a déjà réussi à te convaincre.

NZ: Mais Arcs ça m’a fait ça en vrai, c’est pas du tout moi qui l’ai découvert. Je me suis forcé à y jouer. Et ouais, je l’ai trouvé vraiment incroyable. J’ai hâte de jouer la campagne.

 

Voilà pour cette deuxième partie, très dense mais très instructive, que ce soit sur le travail du jury, les coulisses d’un prix aussi prestigieux que l’As d’Or et les quelques clichés qu’on pourrait avoir. 

La dernière partie arrivera bientôt pour conclure ce super moment partagé avec Nathalie Zakarian, à très vite !

 

DuponD 

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