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Un moment avec : Nathalie Zakarian, partie 3

par Dupond

Bonjour, bonsoir à toutes et tous,

Aujourd’hui cloture notre entretien avec Nathalie Zakarian. Dans cette 3ème et dernière partie, nous parlerons du monde du jeu en général et ses évolutions, ainsi que les perspectives d’avenir. Nous vous remercions encore de l’attention que vous donnez à nos articles. Nous remercions une nouvelle fois Nathalie pour le temps qu’elle a consacré à cet entretien et sa gentillesse. 

Bonne dernière partie !

GameOvert (GO): On ne parle pas souvent du timing de la sortie d’un jeu. Est-ce que les éditeurs réfléchissent à leur sortie en fonction du moment dans l’année ? Alors le moment dans l’année, c’est sûr et certain, je pense qu’ils ne vont pas sortir un jeu souvent en juillet août. Il y a des périodes plus propices pour sortir des jeux, dans l’année j’imagine. Mais par contre, est ce que des fois un jeu ou vu de ce qu’il se passe et ce qui sort cette année-là, peut plutôt sortir l’année suivante ? Comme finalement chaque éditeur voit ce qui se passe chez les autres et les dates de sorties ?

Nathalie Zakarian (NZ) : Pour ça il faudrait interviewer les éditeurs. J’aimerais savoir aussi. De toute façon, il vaut mieux qu’ils le sortent le plus tôt possible parce que l’idée peut être reprise. Pour revenir sur un jeu que j’ai suivi un peu de près aussi et qui est passé en arrière-plan c’est Fil rouge par rapport à Perspective. Tout le monde a joué à Perspective (2023) avant de jouer à Fil rouge (2024). Ce sont les mêmes jeux. Mais Fil rouge existait avant Perspective. Enfin, c’est pas qu’il y en a un qui a copié l’autre, c’est qu’il y a eu deux idées en même temps finalement.

GO: Pour parler de l’évolution du jeu de société, notamment grand public, on a l’impression que le risque c’est que les gens veulent des jeux toujours plus courts et du coup un Flip 7 (qu’on aime beaucoup). J’ai pas l’impression de jouer à la même chose que les Aventuriers du Rail, là où avant le grand public avait accès plus facilement aux Aventuriers du rail, ben voilà, c’était fléché.

NZ: Effectivement, la durée de partie a évolué énormément depuis Les Aventuriers du rail. En fait, maintenant, tu ne peux plus proposer ça en tout public. Celui-ci il est implanté et on le connait. Si les gens y jouent, ils sont ok pour passer du temps sur ce jeu-là. Mais c’est plus du tout le format qui est proposé par les éditeurs. Si tu prends un jeu qui dure 2 h, mais même sur un jeu initié ou expert, déjà quand il dure plus de 2 h c’est compliqué de tenir tout le monde. Mais même nous en tant que joueurs, on se dit ah ouais quand même, il dure longtemps… C’est pour ça que je vous parlais tout à l’heure des Colons de Catane. Mais je me rappelle d’autres jeux genre la vallée des Mammouths, qui duraient genre 5 h, quoi. Et c’était ok, 5 h. Mais en plus là, tu t’adresses à quelqu’un pour qui ça ne me dérange pas de jouer toute la nuit des parties de Civilization qui duraient 17 h. Je suis un peu dans le regret aussi que les jeux, en général, durent moins longtemps.

GO: Mais effectivement, Rebirth, c’est un contre-exemple. Bon il n’a pas gagné, mais il a un temps de partie qui est quand même court. Mais tu as quand même une expérience de jeu de société vraiment avec un plateau, le temps un peu de développement. Mais pour vous, finalement, tous les nominés sont des vainqueurs. D’un côté, il faut en sortir un par catégorie, mais dans vos têtes, tous les nominés sont des vainqueurs finalement, Parce que c’est les trois qui sortent sur la grosse majorité. Vous devez après en sortir un sur trois. C’est plus facile que quand on sort trois sur les 600.

NZ : Mais voilà, Après, il y a des années où, comme la question a été posée tout à l’heure, il y a des jeux qui sont une évidence pour tout le monde. Et du coup Il y a des jeux où on se doute bien qu’ils vont être nommés.

GO: Je sais pas si tu peux dire mais est ce que toi il y a un jeu ou tu te dis j’adore ce jeu mais je ne le nommerai pas parce que je peux comprendre que moi ce jeu je l’adore mais qu’il ne soit pas adapté à tout le monde.

NZ : Mais tu vois Take time, je vous ai dit que je me battrais parce que j’avais l’impression que c’était vraiment un très bon jeu dans l’absolu. Maintenant, ce qui m’a confirmé que c’était un très bon jeu aussi auprès du public, c’est quand je l’ai vu jouer ici (à la Triche). En fait, il sortait tous les soirs, il sortait tout le temps et la confrontation avec le public, tu dis ok ça marche.

 

GO: Et sur une partie un peu plus personnelle, est ce que toi tu as fait des belles découvertes pendant ce festival, de jeux qui vont sortir, qui sont sortis, qu’on t’a présenté? C’est quoi tes coups de cœur de cette année 2026?

NZ: Tu l’auras sur les débriefs de Ludovox où j’ai dit mes coups de cœur, c’était Orapa Mine qui est un jeu de déduction. Un peu costaud, c’est à dire c’est de la spatialisation. Il est sur BGA, moi je ne suis pas sur BGA, mais si vous allez sur BGA, c’est un jeu où tu fais une bataille navale, alors il vaut mieux y jouer à deux, ça se joue à plus, mais à 2 c’est le mieux ; où tu places tes pièces qui ont des formes triangulaires ou losange et qui ont une couleur. Tu places tes pièces de ton côté derrière un paravent, donc ton adversaire ne voit pas et il faut deviner. Enfin, il faut comprendre ce que l’adversaire a mis comme positionnement. Et donc effectivement, tu fais rentrer un laser quelque part, tu dis je tape en B et l’autre va te dire ben en B en fait ça ressort en treize et c’est bleu clair. Ça veut dire qu’il a touché du bleu, il a touché du blanc et il ressort avec cette incidence là. Donc ça veut dire que tu as une pièce bleue, une Blanche quelque part sur le trajet. Voilà, pure déduction avec une part de hasard qui fait que tu tapes au bon endroit ou pas. Tout ça mais avec de la bonne spatialisation. Donc ça typiquement, c’est pas du tout public.

First Giant qui est un reboot de Elysium, une belle épuration de Elysium.

Et qu’est ce que j’ai bien aimé, j’ai bien aimé Vroom. Après, il y a tous les jeux que je n’ai pas découvert aux FIJ, mais peut être avant dans d’autres conditions et que je retiens pas forcément. Il y a les secrets de Warden Keene que j’ai beaucoup aimé ces derniers temps. Il y a aussi Cozy Sticker Ville qui est chouette, qui est une belle aventure. Amarok aussi, j’adore. Il est très court, très épuré, c’est vraiment chouette. Et vous ?

GO: Nous on a beaucoup aimé Phoenix, un jeu de Lubee, c’est très joli. Et puis on s’est dit, alors c’était une réflexion globale, qu’il n’y a pas beaucoup de jeux qui nous ont fait dire waouh, c’est exceptionnel, mais que le niveau global des jeux était très haut, j’ai trouvé. Enfin en termes de réalisation, en termes d’édition, en termes de jeu, on en avait quand même beaucoup sur le festival. Après, on ne voit pas les 600, on voit surtout ce qui est proposé et un peu ce qu’on a envie de regarder. Mais globalement, c’était quand même plutôt bien.

De mon côté (Tournesol) j’étais un peu déçu en parcourant les allées, j’étais étonné de pourquoi un éditeur refait ce jeu-là? Au sens où les mécaniques. On réinvente pas des méca tous les matins on est d’accord, mais j’ai l’impression que j’ai beaucoup revu quelque chose de déjà fait. Et des fois, je me demande pourquoi. Est-ce que c’est du marketing… ?

NZ: Ouais. C’est un peu la réponse que je te donnerai c’est du marketing, les gens ont aimé ce jeu, on en refait un un peu pareil et comme ça il va se vendre. Je pense qu’il y a un côté comme ça.

GO : C’est dommage mais c’est assez bizarre cette sensation. Mais sinon, voilà un petit jeu à deux. Il y avait Bunny Kingdom Town. J’aimais beaucoup du coup. Sinon j’ai découvert les caprices du roi, mais il était déjà sorti.

Si moi (DuponD) par contre, j’ai été agréablement surpris parce que je partais avec beaucoup d’a priori, mais sur Sanctuary. En tant que gros joueur de Ark Nova qui a adoré, qui a poncé le jeu, je me suis dit qu’un Ark Nova Light, est-ce qu’on va perdre tout ce qui fait le truc ? Et bah finalement j’ai passé un bon moment, c’était une bonne partie, c’était dynamique. Il y a quand même ce côté planification mais pas non plus à me prendre la tête. Je trouve qu’il fait bien le job sur ce qu’il propose. 

 

NZ : Pardon, y’a aussi un jeu auquel j’ai joué avec l’auteur sur un proto, mais c’est un jeu qui va sortir chez Iello qui s’appelle Fragments.

GO: On l’a vu sur Stand pro et c’est un truc avec des tiroirs et tout.

NZ: Alors les tiroirs, c’est les différents scénarios en fait. Mais ouais, c’est un jeu qui va te raconter quelque chose sur la narration avec des pièces de puzzle que tu emboîtes. Une fois qu’elles sont emboitées, elles vont te permettre de faire des actions genre retourner la/les pièce. Et du coup ça te raconte autre chose. C’est de l’énigme et en même temps ça te fait avancer dans l’histoire, ça te renvoie un petit livre et c’est vraiment une idée incroyable. Ce mec est fou. Enfin, il est génial. En fait c’est Yohan Servais qui a fait aussi les enquêtes Guilty.

GO: Et d’ailleurs c’est marrant parce qu’on a eu deux retours inverses, deux éditeurs différents chez Lucky Duck, où ils étaient plutôt à nous dire qu’ils vont faire un peu moins de création perso, et plus de la localisation, etc plus de jeu tradi et un peu moins d’innovation comme Chronicles of Crime. Et chez Iello c’est exactement l’inverse où ils vont faire moins de tradi, et de plus en plus d’innovations.

NZ: Oui clairement le développement de Fragments, c’est un truc de malade, c’est du gros gros travail d’édition.

GO: Et du coup, on aimerait parlé juste un petit peu de l’évolution du jeu de société en général. Quel regard tu portes sur le jeu, sur les années qu’on vit? Et puis comment tu vois un peu l’avenir proche du jeu de société en terme d’édition, en termes de jeu, en termes de marché aussi finalement, parce que ça devient un marché. Il faut dire ce qu’il y est. Donc quel regard tu portes là-dessus ?

NZ: Je suis hyper contente qu’en fait c’est notre mission à la triche ou au RCL d’une façon générale ou en tant qu’individu, qu’il y ait des gens qui soient touchés par le jeu de société et qui se mettent à jouer et qui prennent du plaisir à ça. Vraiment. Alors il y a longtemps que je ne fais plus de permanence, je suis moins bénévole qu’avant, mais c’est vraiment le truc que j’aime. C’est les gens qui arrivent à qui tu expliques un jeu et qui disent « moi je suis venu avec les potes mais je ne suis pas joueur ». Mais quand tu as trouvé le jeu où à la fin ils te disent c’était cool vraiment ce jeu-là je l’ai bien aimé. Tu te dis ok, bah du coup je sais que tu vas jouer à d’autres trucs. Donc vraiment démocratiser le jeu c’est ce pour quoi on travaille depuis si longtemps, pour que ça arrive auprès du grand public. On en est là en fait. Maintenant, le jeu est auprès du grand public, donc quelque part, ça me fait plaisir et c’est aussi le prix à payer, c’est que on a plus de jeu ultra moyen mais qui vont parler à plein de gens. Que penser de ça? Je ne sais pas trop quoi dire en fait. Il y a 600 jeux dans les 600, nous on en retient que 50. Sur les 50, on n’en retient que douze. En vrai, il y a quand même 45 jeux qui sont bien. Ça ne fait pas beaucoup. Ça fait à peine dix bons jeux qui sont au dessus du lot quand même. Dans tous ceux qui sortent, ça veut dire que les autres sont mauvais. Alors il y en a qui sont mauvais. Mais il y en a de moins en moins qui sont vraiment mauvais. Mais disons qu’ils sont inutiles. Tu ne te doutes pas qu’ils vont avoir un succès commercial, mais ils ont un succès commercial. Et là où moi j’ai un peu peur, c’est pour les boutiques spé. En fait, ça va être ça un peu mon analyse, c’est que j’ai très, très peur que les boutiques spé soient les victimes collatérales du succès. Parce que, en fait, ok, le grand public achète des jeux mais ne vont pas forcément l’acheter en boutiques spécialisées, ils vont aller en grande surface spécialisée et qui font des prix alors qu’ils ne sont pas forcément moins chers qu’en boutique spé. Mais par contre tu as le troisième gratuit et là c’est difficile de lutter contre ça. Les gens ils ont plus accès à Cultura ou à la Fnac qu’à ta petite boutique de quartier, ils vont pas forcément penser à aller à la petite boutique de quartier, qui sont des artisans et qui vivent de ça, et que c’est eux qui sont les précurseurs en fait. Donc c’est plus en fait mon inquiétude et on travaille un peu là-dessus au réseau des cafés ludiques, ça commence à devenir notre inquiétude d’avenir. De se demander ce qu’on peut faire pour les boutiques, pour qu’elles continuent.

GO : Et justement, quel regard tu poses sur la dernière nouvelle de Trollune qui se fait racheter par le Passe-Temps? Comment tu vois ça?

NZ: Je suis contente pour les copains, Je suis contente pour les copains qui sont là, qui continuent à travailler dans leur métier qu’ils aiment. Vraiment, C’était trop triste que Trollune ferme C’était difficile à accepter.

GO: Mais typiquement, une boutique comme ça est tellement ancrée dans le quotidien lyonnais, dans les joueurs lyonnais, sur une période qui n’a jamais été aussi florissante au niveau du jeu de société, comment expliquer que ce genre de boutique, finalement elle ferme ou elle doit se faire racheter ?

NZ: Il y a eu un petit problème de gestion, de placement, de choix, pas forcément de la part de l’équipe qui travaille, mais enfin je sais pas si vous avez suivi un peu l’aventure de Trollune mais effectivement depuis cet Été, depuis plusieurs mois ils étaient en redressement avec des Impayés, des factures conséquentes de Asmodée, BlackRock et qu’ils ne pouvait plus avoir de nouveautés. Donc à un moment c’est le cercle vicieux quoi.

GO: Et est-ce que tu penses qu’avec le rachat, Trollune peut devenir une sorte de franchise du Passe temps Toulouse. Je sais pas comment ils l’ont vendu. Mais est-ce que c’est l’avènement un peu de boutiques qui, un peu comme le Passe Temps, se développe de façon très très importante et qui communique énormément et qui font beaucoup de bien au niveau du jeu, dans la communication. Est-ce que c’est quelque chose plutôt positif dans le milieu, ou est-ce que ça a ses limites aussi?

NZ: Ouais ça peut avoir ses limites, c’est à dire qu’il y a d’autres boutiques à Lyon qui doivent survivre aussi, j’espère juste qu’ils ne se fassent pas écraser par le rouleau compresseur du passe temps, et je sais pas. Si ça reste Trollune, c’est ok. Maintenant, s’il déménage et qu’ils font un autre projet, c’est plutôt dommage.

GO: Ce qu’ils disaient, c’est qu’ils allaient déménager et qu’ils allaient trouver un autre truc, qu’ils voulaient garder le pôle JDR parce que c’était une des boutiques qui était le plus spécialisée  de France sur le jeu de rôle. Mais oui, Lyon c’est quand même une grosse ville ludique, assez précurseur de tout. C’est pourquoi Lyon a autant de boutiques, de bars et même d’éditeurs aussi. Il y a eu quelque chose de particulier?

NZ: Je ne sais pas. J’imagine qu’il y avait suffisamment d’individus qui ont poussé le jeu sous différentes formes. En fait, c’est bizarre parce qu’on a peu de festivals, on a peu de ludothèques, mais oui il y a Octogônes.

 

Voilà, j’espère que cela vous aura plus. De notre côté nous sommes ravis d’avoir pu vous faire partager cette rencontre, en espérant que vous aurez appris de choses sur le monde ludique. 

On vous dit à bientôt sur le site, l’équipe prenant quelques semaines de vacances !

DuponD

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